CONFERENCE TRANSPAT

Patrimonialisation, médiations et sauvegarde

des cultures traditionnelles

 

Langue, Danses, “Musiques Trad” en Limousin et ailleurs

 

2-3 octobre 2026

Université de Limoges (39E rue Camille Guérin 87000 Limoges)

Appel à contribution

Colloque international interdisciplinaire :

conférences & exposition & bal & projection documentaire

 

Projet TRANSPAT  (Transition et patrimonialisation des cultures traditionnelles limousines - langues, danses, musique, projet ESR lauréat Nouvelle Aquitaine)

 

Bal trad Limousin

(c) Compagnie Amalthée

Le 21ème siècle a vu naître un être culturel étrange, ambigu et fascinant : le patrimoine culturel immatériel, point d’orgue du mouvement de patrimonialisation. Ce patrimoine culturel immatériel (PCI) est en soi une formidable innovation sociale et institutionnelle, née sous les auspices de l’UNESCO en 2003, consacrant une évidente rupture dans la manière d’envisager le rapport au patrimoine, et plus généralement au passé. 

 

Ce regard patrimonial étendu jusqu’aux pratiques, qui sont nécessairement immatérielles puisqu’elles ne se résument plus aux objets qu’elles manipulent, paraît devoir se substituer à toute autre forme de rapport au passé, chaque objet matériel ou immatériel (rites, fêtes, savoirs, etc.) naguère simplement ethnographique devenant aujourd’hui promesse de patrimonialisation potentielle. 

 

À la fois palliatif puissant du présentisme contemporain (Hartog 2003) tout autant que prolongement de celui-ci, le PCI engendre depuis sa création nombre de critiques dans le camp des scientifiques, et d’abord des ethnologues, en raison de ses paradoxes, de ses biais et de sa tendance à supplanter tout autre rapport au passé (Couegnas 2020). Comme si la « mise en patrimoine » faisait désormais écho à « la mise en tourisme » des géographes, avec l’horizon peu flatteur d’une déclinaison patrimoniale de la disneylandisation déplorée par Sylvie Brunel, le « Musée monde » alimentant, versant temporel, le « Parc Monde » (Brunel 2006).  On lui reproche plus particulièrement la réflexivité projetée artificiellement sur les pratiques culturelles, le prisme ethnocentrique qui peut en résulter, ainsi que les ambiguïtés fortes qui en découlent. 

 

Mais le PCI a suscité dans le même temps une adhésion et un engouement massif de la part des autres acteurs du patrimoine, et des communautés concernées par des pratiques culturelles promouvables à la « pci-sation », nationale ou internationale. Il apparaît aux yeux de ceux-ci comme un outil de sauvegarde sans équivalent, capable tout à la fois de préserver, en rendant visible, l’inscription sur les listes du PCI faisant en quelque sorte office de vitrine, et de revitaliser des pratiques menacées. Il s’affirme alors comme un véritable opérateur de transformation sociale, susceptible d’agir en profondeur, pour la sauvegarde des pratiques culturelles menacées et le maintien d’une (bio)diversité culturelle. L’avenir des pratiques couvertes par le patrimoine culturel immatériel se joue sans doute dans cette tension entre l’aliénation d’une spectacularisation du monde, sans reste, prophétisée par Guy Debord dès 1967, et une forme de revitalisation des cultures, émancipatrice, et vecteur efficace de la diversité.

 

Le projet TRANSPAT est né de la volonté assumée, et déclarée, de participer, à la sauvegarde du patrimoine culturel traditionnel limousin, décliné autour des trois axes que sont la langue, occitane limousine, les danses, pratiquées aujourd’hui dans les « bal trad »,  et la musique traditionnelle, notamment enseignée dans le département de Musique Traditionnelle du Conservatoire à Rayonnement Régional de Limoges, et abordée dans le projet par un travail plus spécifique sur la chabrette, cornemuse à miroirs spécifiquement limousine. Le projet émane d’un collectif de praticiens et acteurs de la culture traditionnelle (musiciens, enseignants, facteurs d’instrument) et de chercheurs, en linguistique ou en Sciences de l’Information et de la Communication, appartenant au Centre de Recherches Sémiotiques de Limoges.  

 

Le présent colloque, qui fait suite à la journée d’étude TRANSPAT (2024), porte une ambition identique, où la perspective d’ouverture disciplinaire et internationale doit permettre de nourrir la réflexion et d’offrir des ressources pour une patrimonialisation pérenne des pratiques culturelles et linguistiques limousines. Ces pratiques étant peu diffusées à l’international (y compris au sein du monde occitaniste), ce colloque servira aussi d’outil de médiation scientifique au sein du monde de la recherche et auprès du grand public. Attenant à la conférence, des ateliers danse et performances permettront d’incarner ce patrimoine culturel immatériel.

 

La patrimonialisation culturelle immatérielle potentielle de cette culture traditionnelle se situe logiquement à l’horizon du projet TRANSPAT et de ses interrogations sur les modalités de la sauvegarde de ce trésor culturel fragile. Ce présent colloque entend aborder spécifiquement ce que signifie cette forme de patrimonialisation appliquée à la culture traditionnelle, à partir du cas particulier du Limousin mais aussi à la lumière des différentes expériences en matière de de pci-sation de la «culture trad». Le colloque se propose de conduire cette réflexion à partir du regard critique développé par les sciences sociales, et de sa définition comme objet communicationnel, la pratique devenant nécessairement en partie discursive dès lors qu’on la pense comme PCI potentiel (J. Davallon 2022). 

 

Plus précisément, le colloque adoptera quatre points de vue complémentaires sur la patrimonialisation immatérielle potentielle ou déjà réalisée des cultures traditionnelles françaises, ou internationales. Les communications exploreront au moins un de ces quatre axes :  

  • Axe 1. Le Patrimoine Culturel Immatériel, perspective générale. Cette perspective est centrée sur les aspects définitionnels du PCI, sur les ambiguïtés de la notion et ses conséquences sociales prévisibles ou avérées (cf Bortolotto 2011). Parmi les ambiguïtés relevées on peut citer : la spécificité critiquable de la notion même d’immatérialité culturelle, la réflexivité liée au processus de patrimonialisation qui peut paraître artificialiser et transformer sans retour possible la pratique, la définition du PCI par l’UNESCO qui semble impliquer que la pratique à patrimonialiser est déjà considérée comme du patrimoine, le prisme occidentalo-centré de la notion même de patrimoine, la tension entre l’authenticité liée à la profondeur de la transmission générationnelle et les formes de la réappropriation et de la réinvention de la tradition, le tri implicite entre ce que le PCI sélectionne et les autres formes de patrimoine et le destin des formes culturelles oubliées pci-sables, etc. Il ne s’agit cependant en aucun cas  d’établir un nouveau réquisitoire à charge contre le PCI, mais d’identifier, dans une perspective critique, les éléments structurels du PCI qui conditionnent la réussite d’une patrimonialisation culturelle immatérielle, et favorisent un devenir durable et heureux de la diversité des pratiques culturelles.

 

  • Axe 2.Perspective épistémologique : les disciplines scientifiques impliquées par la patrimonialisation culturelle immatérielle. Cet axe interroge le rapport des disciplines des SHS à la problématique du PCI. Les disciplines, directement ou indirectement impliquées dans ce nouveau paradigme conceptuel que constitue le PCI, sont nombreuses. On peut citer, sans que la liste soit exhaustive : l’ethnologie et l’anthropologie, l’ethnomusicologie, les études chorégraphiques, l’histoire, la linguistique, la littérature, l’économie, les sciences de l’information et de la communication, la sémiologie et la sémiotique, etc. Chacune de ces disciplines peut être mobilisée par le PCI à un stade ou à un autre du processus. Certaines le seront pour élaborer la représentation savante nécessaire à l’éligibilité au statut de PCI, dépendante de la nature de la pratique à patrimonialiser, d’autres dans les phases de médiations qui vont participer à la publicisation de l’objet patrimonialisé (Davallon 2022), d’autres enfin sont amenées à enregistrer les transformations sociales induites par le paradigme du PCI, et ses manifestations et effets concrets dans le champ social. Dans tous les cas, on peut non seulement caractériser les apports spécifiques à l’une ou l’autre des ces disciplines, mais aussi la manière dont le PCI, comme forme d’innovation sociale forte, questionne les pratiques disciplinaires elles-mêmes. 

 

  • Axe 3.Perspective communicationnelle, portant sur l’ensemble des médiations, y compris les pratiques elles-mêmes, toujours inscrites dans des contextes médiateurs, qui donnent vie au PCI. Ce peuvent être des manifestations culturelles ponctuelles ou récurrentes, des documentaires audio-visuels, (par exemple Parler chabrette de Renaud Fély), des programmes radiophoniques (par exemple le cycle de France Culture  Musique populaire une épopée française), des expositions, des plateformes numériques (tels Modal-Média, ou le site du CRMTL), des textes (techniques, informatifs, littéraires, etc.), des structures pédagogiques (conservatoire, association), etc. Ces médiations, étant toujours dérivées de la représentation savante qui les légitime, il faut se demander comment elles sauvegardent la pratique, la transforment, l’altèrent, la revivifient, en fonction du support médiatique qu’elles exploitent ou, dans les termes de Philippe Marion (1997), en quelle mesure le  PCI possède une médiagénie intrinsèque, qui conditionne sa compatibilité avec des formats médiatiques particuliers. On interrogera également les chemins de médiations, plus ou moins triviaux (Jeanneret 2008), créés au fil des médiations successives, qui se croisent, interagissent ou s’ignorent dans l’espace social. Enfin, la publicisation (Davallon, 2022) qui résulte de ces médiations implique des destinataires, et la création d’une communauté, ou de communautés, à questionner, plus ou moins étendue ou en extension, homogènes ou hétérogènes, porteuses de conflits ou de consensus.

 

  • Axe 4. Perspective sociolinguistique : nous nous interrogerons sur les atouts et les limites d’une langue réduite à un outil ou à un vecteur d’expression patrimonial. Une langue régionale doit-elle être intrinsèquement régionale ? Une langue minoritaire, nécessairement enchaînée à l’espace social de ses locuteurs, au risque de contribuer à un “figement voire un phénomène de stéréotypie identitaire” (Colonna 2022, p. 32). Comment dépasser l’association entre langue minoritaire et marqueur régional, identitaire ou politique ? La marchandisation de la langue peut-elle renvoyer à autre chose qu’une culture fossilisée aux traits simplificateurs ? Comment les langues minoritaires s’emparent des nouvelles technologies à des fins d’expression (ex: plateformes VOD, podcasts, radio-diffusion, blogs…) ou de traitement de données linguistiques (IA et projetReVOc) ? Que disent ces langues : dans quels contextes hors patrimoine peut-on observer l’expression de ces langues ? La littérature jeunesse en langue régionale sert-elle de véhicule de patrimoine ? Le théâtre et la spectacularisation en langue minorisée favorisent-ils la transmission de la langue. Les manuels de langues peuvent-ils / doivent-ils rendre compte de la variation au sein d’un territoire ? Quelle place accorder aux néo-locuteurs et à la variation au sein de cette thématique ?

Les communications pourront soit se concentrer sur la problématique générale du PCI, dans un cadre théorique ou pratique (axe 1), soit explorer au moins l’un des trois domaines du projet TRANSPAT (Langue / Danse / Musique) dans l’aire limousine, ou bien, pour offrir des points de comparaisons, dans d’autres aires géographiques, nationales ou internationales (axes 2,3,4).

 


 

 

Modalités de soumission :

 Pour les formats ci-dessous, envoyer un résumé anonymisé de 300 mots hors bibliographie.

  • Communication orale ou conférence performée (20 minutes + 10 minutes d’échanges) : exposition des résultats d’une recherche.

  • Poster : présentation au format A0 d’un travail de recherche.

  • Atelier (1h30 ou 3h) : animation d’un atelier de langue / danse / musique 

  • Performance artistique (durée à voir en fonction de la proposition) : “carte blanche” à partir des thématiques du colloque. Bien préciser les conditions de réalisation de la performance. Exemple: gnorles, durée 20 minutes (10 min d’échange).

 

 


 

 

Calendrier :

15 juin 2026 : date limite des soumissions.

30 juin 2026 : réponse du comité scientifique.

30 juin 2026 : ouverture des inscriptions.

2-3 octobre : conférence TRANSPAT. 

 

 


 

Contact :

transpat.ceres@unilim.fr

 

nicolas.couegnas@unilim.fr

maelle.amand@unilim.fr

 

 


 

 

Bibliographie

Ambroise-Rendu, Anne-Claude et Olivesi, Stéphane. (2017). Du patrimoine à la patrimonialisation. Perspectives critiques. Diogène, 258-259-260(2), 265-279.https://doi.org/10.3917/dio.258.0265.

Bortolotto, Chiara. (2011). Introduction. Le trouble du patrimoine culturel immatériel. In C. Bortolotto (éd.), Le patrimoine culturel immatériel. Paris: Éditions de la Maison des sciences de l’homme.https://doi.org/10.4000/books.editionsmsh.3552

Brunel, Sylvie. (2006). Quand le tourisme disneylandise la planète... Sciences Humaines, 174(8), 11-11.https://doi.org/10.3917/sh.174.0011.

Chevalier, Deborah. (2009). La sauvegarde du patrimoine immatériel quʼest la danse. [Mémoire de DESS en muséologie – conservation du patrimoine, Université de Genève] Archive Ouverte UNIGE.https://archive-ouverte.unige.ch/unige:15032 

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Hartog, François (2003). Régimes d'historicité. Présentisme et expériences du temps, Paris,Le Seuil (ISBN2-02-059328-9).

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Janneret, Yves. (2008). Penser la trivialité. Volume 1 : la vie triviale des êtres culturels. Hermès-Lavoier, Paris.

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Média :

Projet ReVoC et reconnaissance de l’occitan :  https://locongres.org/fr/competences/traitement-automatique-du-langage/les-chantiers/revoc

Barbet, Péroline. (2021, 27 octobre). Le Trad', nouvelle fabrique d'utopie. Dans LSD la série documentaire [programme radiophonique]. France Culture.https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/lsd-la-serie-documentaire/le-trad-nouvelle-fabrique-d-utopie-8523235

 

Fély, Renaud. (Réalisateur). (2024). Parler chabrette. [Documentaire]. Laboratoire CeReS et Nouvelle Aquitaine (Projet TRANSPAT).

 

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